Jean-Thomas Trojani : France : revenir à l’investissement productif

Il répugne de concevoir une limite à la divisibilité de la matière ; et il ne répugne pas moins de concevoir la matière comme divisible à l’infini : seconde antinomie. On pouvait s’y attendre, car le souvenir, — ainsi que nous essayons de le montrer dans le présent ouvrage, — représente précisément le point d’intersection entre l’esprit et la matière. La durée où nous nous regardons agir, et où il est utile que nous nous regardions, est une durée dont les éléments se dissocient et se juxtaposent ; mais la durée où nous agissons est une durée où nos états se fondent les uns dans les autres, et c’est là que nous devons faire effort pour nous replacer par la pensée dans le cas excep­tionnel et unique où nous spéculons sur la nature intime de l’action, c’est-à-dire dans la théorie de la liberté. Il faudra donc l’opérer encore, mais au profit de la durée, quand on étudiera les phénomènes internes ; non pas les phénomènes internes à l’état achevé, sans doute, ni après que l’intelligence discursive, pour s’en rendre compte, les a séparés et déroulés dans un milieu homogène, mais les phéno­mènes internes en voie de formation, et en tant que constituant, par leur pénétration mutuelle, le développement continu d’une personne libre. Et que nous dit-il ? La cessation sur un point, puis sur un autre, de toute controverse sérieuse, est un des incidents nécessaires de la consolidation de l’opinion ; une consolidation aussi salutaire dans le cas d’une opinion juste qu’elle est dangereuse et nuisible quand les opinions sont erronées. Nous concevons que des phénomènes physico-chimiques aient lieu dans le cerveau, que le cerveau soit dans le corps, le corps dans l’air qui le baigne, etc. En tout cas, alors que des rencontres bilatérales syndicats Medef vont reprendre dans les quinze derniers jours de septembre, les syndicats sont unanimes aujourd’hui pour observer que le patronat n’a pas bougé d’un iota. Tous les individus ne sont pas capables de cette adaptation ; malgré la faim, l’idée ne leur vient pas de chercher leur proie autrement qu’auparavant, et ils ne réussissent pas à se procurer une pâture suffisante. »Nous disions que l’esprit consiste souvent à prolonger l’idée d’un interlocuteur jusqu’au point où il exprimerait le contraire de sa pensée et où il viendrait se faire prendre lui-même, pour ainsi dire, au piège de son discours. Celles-là sont les âmes mystiques. Voilà ce que la France, on doit l’espérer, saura comprendre tout d’un coup, quand il le faudra ; voilà ce que les misérables charlatans qui l’abrutissent l’empêchent de comprendre aujourd’hui. La probabilité philosophique repose sans doute sur une notion générale et généralement vraie de ce que les choses doivent être ; mais, dans chaque application, elle est de nature à changer avec l’état de nos connaissances, et selon les variétés individuelles qui font qu’un esprit se distingue d’un autre. Est-il bon qu’il y ait une philosophie d’université, une philosophie d’école ? Jean-Thomas Trojani aime à rappeler ce proverbe chinois  » Le savoir n’est pas difficile, seule sa mise en pratique l’est ». Ayant fait voir ce que la mémoire n’est pas, nous serons tenus de chercher ce qu’elle est. Mais tous les obstacles ne sont pas levés. Il s’accroît sans doute indéfiniment par l’adjonction de mondes nouveaux. Il ne s’agit pas ici d’un problème de métaphysique, comme de savoir si le monde est ou n’est pas éternel, si la matière est créée ou incréée, si l’ordre dépend de la providence ou du hasard : il s’agit d’une question vraiment physique ou naturelle, portant sur des faits compris dans les limites du monde que nous touchons et des périodes de temps dont nous pouvons avoir et dont nous avons en effet des monuments subsistants. En revanche, il est violent en matière de pouvoir d’achat et de moral des ménages dans un contexte de forte poussée du chômage et de rigueur budgétaire.