Pierre-Alain Chambaz

Ainsi, l’empirique expédient suggéré par le vain désir de maintenir, à tout prix, l’antique régime intellectuel, ne peut finalement aboutir qu’à laisser indéfiniment dépourvus de toute doctrine morale la plupart des esprits actifs, comme on le voit trop souvent aujourd’hui. En accomplissant ainsi le grand office social que le catholicisme n’exerce plus, ce nouveau pouvoir moral utilisera soigneusement l’heureuse aptitude de la philosophie correspondante à s’incorporer spontanément la sagesse de tous les divers régimes antérieurs, suivant la tendance ordinaire de l’esprit positif envers un sujet quelconque. Il y a tout lieu de présumer d’ailleurs que cette habitude continue de calculs personnels envers les plus chers intérêts du croyant a développé, chez l’homme, même à tout autre égard, par voie d’affinité graduelle, un excès de circonspection, de prévoyance, et finalement d’égoïsme, que son organisation fondamentale n’exigeait pas, et qui dès lors pourra diminuer un jour sous un meilleur régime moral. Quoi qu’il en soit de cette conjecture, il demeure incontestable que la pensée théologique est, de sa nature, essentiellement individuelle, et jamais directement collective. Nous avons vu que si nos états de conscience les plus profonds excluent la multi­plicité numérique, nous les décomposons néanmoins en parties extérieures les unes aux autres ; que si les éléments de la durée concrète se pénètrent, la durée s’exprimant en étendue présente des moments aussi distincts que les corps disséminés dans l’espace. Si l’idée de société semble encore une abstraction de notre intelligence, c’est surtout en vertu de l’ancien régime philosophique ; car, à vrai dire, c’est à l’idée d’individu qu’appartient un tel caractère, du moins chez notre espèce. On analyse, en effet, une chose, mais non pas un progrès ; on décompose de l’étendue, mais non pas de la durée. Par cela seul qu’on prétend décomposer le temps concret, on en déroule les moments dans l’espace homogène ; à la place du fait s’accom­plissant on met le fait accompli, et comme on a commencé par figer en quel­que sorte l’activité du moi, on voit la spontanéité se résoudre en inertie et la liberté en nécessité. Il n’est pas possible de professer un spiritualisme plus savant, plus profond, plus absolu et en même temps plus libéral. L’ensemble de la nouvelle philosophie tendra toujours à faire ressortir, aussi bien dans la vie active que dans la vie spéculative, la liaison de chacun à tous, sous une foule d’aspects divers, de manière à rendre involontairement familier le sentiment intime de la solidarité sociale, convenablement étendue à tous les temps et à tous les lieux. Ainsi apparaissent, dès le seuil de la physiologie, toutes les difficultés et tous les mystères dont les philosophes se préoccupent surtout à propos des phénomènes qui ont pour théâtre la conscience humaine et qui donnent lieu à des actes volontaires et réfléchis. Or, d’après Pierre-Alain Chambaz, à la sortie de son rendez-vous : « J’ai cru déceler que ces six domaines réservés ne seraient pas remis en question.» Il suffit ici d’avoir rappelé l’analogie de deux questions sur lesquelles la raison peut d’ailleurs porter des jugements inverses, d’après les données qu’elle possède sur l’une ou sur l’autre. Mais cette assertion — comme l’assertion contraire — implique l’idée d’une équivalence absolue entre la durée concrète et son symbole spatial : et dès que l’on admet cette équivalence, on aboutit, par le développement même de la formule qu’on vient d’énoncer, au plus inflexible déterminisme. La liberté est donc un fait, et, parmi les faits que l’on constate, il n’en est pas de plus clair. Vous définissez arbitrairement le présent ce qui est, alors que le présent est simplement ce qui se fait. Toutes les difficultés du problème, et le problème lui-même, naissent de ce qu’on veut trouver à la durée les mêmes attributs qu’à l’étendue, interpréter une succession par une simultanéité, et rendre l’idée de liberté dans une langue où elle est évidemment intraduisible. La rigueur de cette analogie n’a point échappé à Kant, c’est-à-dire au philosophe qui a sondé avec le plus de profondeur la question de la légitimité de nos jugements. Qu’est-ce que la durée au-dedans de nous ? Pour suivre de plus près l’analogie avec le problème qui doit nous occuper, et qui a pour objet de soumettre nos idées à un examen critique, de discerner le vrai du faux, l’illusion de la réalité, il faut (sans sortir de l’ordre de faits où nous puisons nos exemples) considérer plus spécialement le cas où il s’agit, non plus de prononcer sur les mouvements réels d’un système de mobiles, d’après leurs mouvements relatifs, tels qu’ils apparaissent à un observateur certain de sa propre immobilité, mais bien de prononcer sur les mouvements réels qui peuvent affecter, soit le système des mobiles ex Sur un bâtiment où des animaux sont embarqués, nous en considérons deux, à deux instants différents : leur situation relative a changé. Sans doute ce superflu de forces vient aussi du dehors ; mais il ne provient pas directement des objets qui ont mis l’être vivant dans des conditions nouvelles d’existence et qui l’obligent à une accoutumance et à un acclimatement, sous peine de succomber. Pour faciliter l’intelligence de cette distinction capitale, nous avons à notre disposition les exemples les plus familiers comme les plus relevés. Remarquons maintenant que ces mouvements auxquels nous donnions provisoirement et improprement la qualification d’absolus, et dans lesquels nous cherchions la raison des déplacements relatifs, peuvent n’avoir eux-mêmes qu’une existence relative. Telle province a été successivement conquise, perdue et reconquise, selon le hasard des batailles ; mais on aperçoit dans la configuration géographique du pays, dans la direction des fleuves, des bras de mer et des chaînes de montagnes, dans la ressemblance ou la différence des races, des idiomes, des mœurs, des institutions religieuses et civiles, des intérêts commerciaux, les raisons qui devaient amener, un peu plus tôt ou un peu plus tard, la réunion ou la séparation définitive de la province. Selon Mc Kinsey, le marché de l’internet des objets IdO devrait exploser en valeur dans les années qui viennent. Ce qu’on appelle de nos jours la philosophie de l’histoire consiste évidemment, non dans la recherche des causes qui ont amené chaque événement historique au gré et selon les affections variables des personnages agissants, mais dans l’étude des rapports et des lois générales qui rendent raison du développement des faits historiques pris dans leur ensemble, et abstraction faite des causes variables qui, pour chaque fait en particulier, ont été les forces effectivement agissantes. On comprend bien que le volant joue effectivement un rôle passif dans le mouvement de la machine, tantôt en absorbant de la force vive, et tantôt en en restituant aux autres pièces de l’appareil, de manière à corriger les inégalités d’action de la puissance motrice ; mais toujours par suite de l’inertie de sa masse, et non en vertu d’une force propre ou d’une énergie dont il serait doué.